Blinded - Extrait
Au pied de la tour, leurs armures ébréchées et grièvement blessés, Lokar et sa Garde
Sombre s’étaient frayé un chemin sanglant au sein des défenseurs de Zuul. Et
maintenant, Viveslames se dressait devant eux au pied de la plus haute tour de la cité,
tandis que plusieurs milliers de soldats les encerclaient. Il n’y avait plus
d’échappatoire, plus de victoire, plus d’avenir ; l’unique perspective était la mort. Pour
la toute première fois de son existence, Lokar allait connaître les affres de la
défaite.
- Tu es digne des titres que l’on t’a donnés, Buveur d’âmes, clama le chef barbare
d’une voix forte. Digne de toutes les légendes. Mais ta route s’arrête ici.
Essoufflé, écrasé par sa lourde armure, trempé de sueur et de sang, Lokar se laissa
pesamment choir de sa féroce monture et fit quelques pas vers l’homme qui lui faisait
face.
- Ma route, commença-t-il avant qu’une quinte de toux ne l’interrompe.
Le guerrier du chaos se débarrassa de son heaume qui l’étouffait, expédia un crachat
sanglant au sol, et darda finalement un regard terrible sur Viveslames.
- Ma route ne connaît pas de fin, imbécile, cracha-t-il haineusement.
- L’on te dit immortel. Billevesées. Je n’en crois rien.
- Ton esprit étriqué est bien incapable de concevoir ce qu’est l’immortalité.
- Il me tarde de vérifier cela. Moi aussi je deviendrai immortel lorsqu’on dira de
moi que je suis celui qui a tué le Buveur d’âmes. Je serais une légende.
Le barbare dégaina les doubles lames de guerre jumelles qui étaient jusqu’alors
accrochées dans son dos et les fit tournoyer, déclenchant un véritable déluge d’acier
devant lui. Il se mit en posture de combat, et fit signe à Lokar d’approcher.
- Allons, viens. Tu vas comprendre pourquoi on me nomme Viveslames.
Le guerrier du chaos obtempéra sans entrain, visiblement épuisé. La Garde Sombre se
déploya en demi-cercle autour de lui, tandis que les forces de Zuul faisaient de même
autour du chef barbare. Aussi se retrouvèrent-ils dans une arène improvisée d’une
vingtaine de mètres de diamètre, et le monde entier sembla retenir son souffle tandis
que ces deux seigneurs de la Guerre se préparaient à livrer bataille.
Ce fut Viveslames qui chargea le premier, assénant une pluie de coups furieux de ses
épées doubles. Lokar se contenta de parer, le champion du Chaos étant visiblement à
bout de forces. Les soldats de Zuul s’écartèrent pour laisser reculer le guerrier en
difficultés, mais il finit par se retrouver acculé à un mur, tandis que son adversaire
continuait d’avancer irrésistiblement, protégé derrière sa barrière d’acier dansant.
- Et voici venue ta fin, Buveur d’âmes ! Zuul sera ta tombe ! éructa le barbare en
chargeant.
Une de ses lames ne rencontra aucune résistance et vint se ficher dans le flanc de son
adversaire, traversant la lourde armure de celui-ci pour se planter profondément dans
sa chair. Mais Lokar ignora la blessure et attrapa la poignée de la seconde épée double
de sa main libre, broyant la main de Viveslames d’une étreinte de fer.
- Tu parles trop, grogna-t-il. Observe comment un véritable guerrier devrait
utiliser sa bouche.
Puis il se pencha en avant et arracha sauvagement le nez de son adversaire avec ses
dents. Vivelames poussa un hurlement suraigu et recula brutalement, s’efforçant
vainement de juguler le sang qui giclait de son visage mutilé. Alors il perçut un
mouvement à travers le brouillard écarlate qui lui voilait les yeux, et il comprit que sa
dernière heure était venue.
La redoutable épée démon s’abattit sans aucune pitié, et la tête du chef barbare roula
sur le pavé tandis que son corps s’effondrait lourdement au sol. Alors le champion du
Chaos, qui semblait avoir recouvré en vigueur et en superbe, fit quelques pas vers les
milliers de soldats qui l’encerclaient, et tous reculèrent instinctivement, terrifiés
face à ce monstre recouvert de sang qui n’avait plus rien d’un être humain.
- Que ceux qui désirent connaître le même sort s’avance, siffla-t-il froidement.
Peu me chaut si vous êtes dix, cent, ou mille. Je jure sur tous les démons de
l’enfer que pas un seul d’entre vous n’y survivra.